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Décret tertiaire · 7 min

Valeur absolue ou −40 % : quel objectif choisir pour vos bâtiments ?

Votre bâtiment a été rénové il y a quelques années, il consomme déjà peu, et pourtant le décret tertiaire vous demande encore −40 %. C'est la situation typique où l'objectif relatif pénalise les bons élèves. Le texte prévoit une alternative : la valeur absolue. Encore faut-il savoir la calculer, et la comparer correctement.

Ingénieur énergie Smart Tech · Publié le 03/11/2026
À retenir

  • Deux modes : objectif relatif (−40 % en 2030 par rapport à l’année de référence) ou objectif en valeur absolue (Cabs).
  • La valeur absolue est fixée par catégorie d’activité par les arrêtés « valeurs absolues » I à VI.
  • Depuis l’arrêté du 01/08/2025 (JO du 06/09/2025), toutes les catégories disposent d’un objectif 2030.
  • Il suffit de respecter l’un des deux objectifs : le plus accessible est généralement le bon choix.
  • À l’échelle d’un portefeuille, le choix se fait site par site, au service d’une stratégie d’ensemble.

Les deux modes de calcul

Le dispositif Éco Énergie Tertiaire (article L174-1 du Code de la construction et de l’habitation) laisse à l’assujetti deux voies pour démontrer qu’il respecte son obligation.

L’objectif relatif (Crelat)

C’est la voie la plus connue : réduire la consommation d’énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à une année de référence, choisie selon les règles de l’arrêté du 10 avril 2020 modifié. Plus la référence est élevée, plus l’objectif est accessible. Notre article sur le choix de l’année de référence détaille ce point.

L’objectif en valeur absolue (Cabs)

C’est un seuil de consommation exprimé en kWh/m²/an, fixé pour chaque catégorie d’activité. Il ne dépend pas de l’historique du bâtiment, mais de ce qu’il fait : bureaux, commerce, hôtellerie, enseignement, logistique, etc. Il est ajusté selon des paramètres propres au site, comme la zone climatique et des indicateurs d’intensité d’usage (horaires, densité d’occupation, équipements spécifiques), selon les modalités prévues par les arrêtés.

Un objectif ou l’autre

Le point essentiel est simple : il suffit de respecter l’un des deux objectifs. Un bâtiment qui atteint sa valeur absolue est en règle, même s’il n’a pas réduit sa consommation de 40 %. Un bâtiment qui a réduit sa consommation de 40 % est en règle, même s’il reste au-dessus de la valeur absolue.

Les arrêtés « valeurs absolues » I à VI

Les valeurs absolues ont été publiées par vagues successives, catégorie par catégorie, depuis l’arrêté du 10 avril 2020. L’arrêté du 20 février 2024, dit « valeurs absolues IV », a notamment complété plusieurs catégories et modifié certaines règles de l’arrêté initial. L’arrêté du 01/08/2025, publié au Journal officiel du 06/09/2025 et dit « valeurs absolues VI », a achevé ce travail : toutes les catégories ont désormais un objectif 2030, y compris les commerces, les drives, les agences bancaires ou les cinémas.

Ces textes sont consultables sur Légifrance. Notre page valeurs absolues par catégorie recense les catégories et sous-catégories et explique comment rattacher vos surfaces à la bonne.

Deux conséquences pratiques :

  • Les sites qui n’avaient pas de valeur absolue jusqu’en 2025 peuvent désormais comparer les deux options. C’est le moment de réexaminer le choix.
  • La catégorie déclarée devient déterminante. Une surface rattachée à une sous-catégorie inadaptée se voit appliquer une valeur absolue qui ne correspond pas à son usage réel. Vérifiez la cohérence entre les déclarations OPERAT et l’activité effective.

Exemples illustratifs par catégorie

Les trois cas ci-dessous sont des exemples illustratifs. Les valeurs ne sont pas celles des arrêtés : elles servent uniquement à montrer le raisonnement. Les valeurs applicables à vos sites doivent être calculées à partir des arrêtés en vigueur et des paramètres réels de chaque bâtiment.

Cas Consommation de référence Consommation actuelle Objectif relatif 2030 Valeur absolue (hypothèse) Option la plus accessible
A. Bureaux rénovés en 2017 160 kWh/m²/an (année 2019) 120 kWh/m²/an 96 kWh/m²/an 110 kWh/m²/an Valeur absolue
B. Commerce énergivore 400 kWh/m²/an (année 2012) 380 kWh/m²/an 240 kWh/m²/an 200 kWh/m²/an Objectif relatif
C. Hôtel, référence ancienne 300 kWh/m²/an (année 2011) 250 kWh/m²/an 180 kWh/m²/an 185 kWh/m²/an Équivalentes : arbitrer sur 2040

Cas A. L’immeuble de bureaux a déjà fait l’essentiel de ses économies avant l’année de référence retenue. L’objectif relatif l’oblige à repartir pour −40 % à partir d’une base optimisée. La valeur absolue est plus accessible et reflète mieux sa performance réelle.

Cas B. Le commerce part d’une consommation élevée. La valeur absolue exigerait un effort considérable ; l’objectif relatif, calculé sur une référence ancienne et élevée, est plus accessible.

Cas C. Les deux objectifs sont proches en 2030. L’arbitrage se fait alors sur les échéances suivantes (2040 et 2050) et sur la faisabilité des travaux à long terme.

Notre page objectif relatif ou valeur absolue : lequel choisir ? présente la méthode de comparaison détaillée.

La stratégie à l’échelle d’un portefeuille

Pour une foncière, un asset manager ou un réseau multi-sites, la question ne se pose pas bâtiment par bâtiment de façon isolée. Elle relève d’une stratégie de portefeuille.

Segmenter le parc

Une première lecture consiste à classer les sites selon l’écart entre leur consommation actuelle et chacun des deux objectifs. Trois groupes apparaissent généralement : les sites déjà proches de leur valeur absolue, ceux pour lesquels l’objectif relatif est nettement plus accessible, et ceux pour lesquels les deux objectifs restent éloignés.

Allouer les investissements

Les sites du troisième groupe sont ceux qui concentrent l’essentiel de l’effort. Ce sont eux qui justifient des études approfondies, des plans pluriannuels de travaux et, le cas échéant, l’examen d’une modulation de l’objectif. Les sites du premier groupe demandent surtout un suivi rigoureux pour éviter les dérives.

Prendre en compte la mutualisation

Le dispositif prévoit la possibilité de mutualiser les résultats à l’échelle d’un patrimoine, selon des conditions précisées par les textes. Ses modalités d’application sont à confirmer au cas par cas avant d’en faire un pilier de la stratégie.

Anticiper les arbitrages patrimoniaux

La trajectoire de chaque actif éclaire aussi les décisions de cession, de rénovation lourde ou de repositionnement. Un actif dont l’objectif 2030 est hors d’atteinte sans investissement majeur appelle une décision explicite. Notre page décret tertiaire pour les foncières approfondit cette approche.

Revoir le choix dans le temps

Le choix entre objectif relatif et valeur absolue n’est pas forcément définitif pour toutes les échéances. Les conditions dans lesquelles il peut être revu, notamment à l’approche de chaque décennie, sont à vérifier dans les textes en vigueur. L’essentiel est de documenter le raisonnement, site par site, pour pouvoir le justifier et l’actualiser.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la valeur absolue du décret tertiaire ?

C’est un seuil de consommation d’énergie finale, exprimé en kWh/m²/an, fixé par catégorie d’activité par les arrêtés « valeurs absolues » I à VI. Il est ajusté selon des paramètres propres au site, comme la zone climatique et l’intensité d’usage. Un bâtiment qui atteint ce seuil respecte son obligation, sans avoir à démontrer une réduction de 40 %.

Faut-il choisir l’objectif relatif ou la valeur absolue ?

Il suffit de respecter l’un des deux. Le bon choix est généralement le plus accessible pour le site concerné. Un bâtiment déjà rénové ou performant a souvent intérêt à viser la valeur absolue ; un bâtiment énergivore avec une référence ancienne et élevée a souvent intérêt à l’objectif relatif. La comparaison se fait sur données réelles.

Toutes les activités ont-elles une valeur absolue ?

Oui, depuis l’arrêté du 01/08/2025, publié au Journal officiel du 06/09/2025. Il complète les arrêtés précédents et fixe un objectif 2030 pour toutes les catégories, y compris les commerces, les drives, les agences bancaires et les cinémas. Il faut ensuite vérifier que vos surfaces sont rattachées à la bonne sous-catégorie.

Comparez, pour vos sites, l’effort à fournir selon l’objectif relatif et selon la valeur absolue.Calculer ma trajectoire 2030

Pour aller plus loin