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Secteurs · 7 min

Hôtels : chauffage, eau chaude, climatisation, les postes qui pèsent le plus

Un hôtel consomme de l'énergie vingt-quatre heures sur vingt-quatre, chambres occupées ou non. La consommation énergie d'un hôtel se concentre pourtant sur quelques postes bien identifiés, et c'est sur eux que se joue la trajectoire du décret tertiaire. Encore faut-il savoir lesquels pèsent réellement dans votre établissement avant d'engager le moindre budget.

Ingénieur énergie Smart Tech · Publié le 03/11/2026
À retenir

  • Postes dominants : chauffage, climatisation et production d’eau chaude sanitaire, dont le poids varie fortement selon l’établissement
  • Levier le plus direct : la régulation chambre par chambre, couplée à l’état d’occupation
  • Décret BACS : la régulation pièce par pièce sur l’existant est reportée au 01/01/2030
  • CEE : coup de pouce chauffage tertiaire pour les PAC, travaux achevés avant le 31/12/2027
  • Décret tertiaire : l’hôtellerie dispose d’une valeur absolue propre, à comparer à l’objectif de −40 %

La structure de consommation énergie d’un hôtel

Il n’existe pas de « profil type » fiable applicable à tous les hôtels. Un établissement économique en périphérie, un hôtel d’affaires en centre-ville et un hôtel avec restaurant, spa et piscine n’ont pas la même répartition. Avancer un pourcentage générique serait trompeur. En revanche, les postes à examiner sont toujours les mêmes.

Les usages thermiques

Le chauffage et la climatisation des chambres et des parties communes constituent généralement le premier bloc. Ils dépendent de la zone climatique, de la qualité de l’enveloppe, du type de générateur (chaudière gaz, PAC, réseau de chaleur, convecteurs électriques) et surtout de la manière dont les équipements sont pilotés.

La production d’eau chaude sanitaire est un poste spécifique à l’hôtellerie. Les douches des clients, le linge (si la blanchisserie est internalisée), la cuisine et le spa en font un usage permanent, avec des pointes le matin et en fin de journée.

Les autres usages

Viennent ensuite la ventilation, l’éclairage des circulations souvent allumé en continu, la restauration (cuisson, froid commercial, lave-vaisselle) et les équipements de loisirs. Les ascenseurs, la bureautique et les minibars complètent le tableau.

Comment obtenir votre propre répartition

La seule répartition utile est celle de votre établissement. Elle se construit à partir de trois sources :

  • les factures et les courbes de charge (électricité au pas de temps fin, relevés de gaz) ;
  • les éventuels sous-compteurs (ECS, cuisine, CVC) ;
  • un relevé des équipements et de leurs horaires de fonctionnement.

> Exemple illustratif : un hôtel de 80 chambres constate, après pose de sous-compteurs temporaires, que la ventilation des parties communes tourne à plein régime la nuit alors que le restaurant est fermé. Ce type de constat ne ressort jamais d’une simple lecture de facture.

La régulation chambre par chambre

Une chambre est inoccupée une grande partie de la journée, et parfois plusieurs jours de suite. La chauffer ou la climatiser comme si elle était occupée est le gaspillage le plus fréquent dans l’hôtellerie.

Le principe

La régulation chambre par chambre consiste à piloter le chauffage et la climatisation de chaque chambre selon son état :

  • chambre vendue et occupée : confort selon la consigne du client, dans une plage bornée ;
  • chambre vendue mais client absent : consigne réduite, détectée par la carte de présence ou un capteur ;
  • chambre libre : mode hors gel ou économie, remise en température avant l’arrivée.

Le couplage entre le système de gestion hôtelière (PMS) et la régulation permet de préchauffer une chambre seulement lorsqu’elle est attribuée. Les contacts de fenêtre coupent le chauffage ou la climatisation lorsque la fenêtre est ouverte.

Ce que dit le décret BACS

Le décret n° 2025-1343 du 26/12/2025 a reporté au 01/01/2030 l’obligation de régulation automatique pièce par pièce sur les bâtiments existants. Une exemption est possible si le temps de retour sur investissement dépasse 6 ans. Pour les hôtels dont le système de chauffage ou de climatisation dépasse 70 kW, l’obligation de système d’automatisation et de contrôle (GTB) s’applique au 01/01/2030 pour la tranche 70-290 kW, et depuis le 01/01/2025 au-delà de 290 kW. Le détail est présenté dans notre guide du décret BACS.

Le report ne change rien à l’intérêt économique : une régulation chambre par chambre bien paramétrée produit des économies dès sa mise en service.

La production d’eau chaude sanitaire

L’eau chaude sanitaire combine trois sources de pertes : la production, le stockage et la distribution.

Les points à contrôler

  • Le dimensionnement : un ballon surdimensionné maintient en température un volume inutile ; un ballon sous-dimensionné pousse à relever les consignes.
  • La boucle de recirculation : dans un hôtel, l’eau chaude circule en permanence pour être disponible immédiatement dans chaque chambre. Une boucle mal calorifugée perd de la chaleur sur toute sa longueur.
  • Les températures : elles sont encadrées par la réglementation sanitaire (prévention de la légionelle). Toute optimisation doit respecter ces exigences ; on ne baisse pas une consigne sans analyse.
  • Les débits : les réducteurs de débit et les mitigeurs thermostatiques réduisent le volume consommé sans dégrader le confort perçu.

Les solutions de production

La récupération de chaleur (sur les groupes froids, la climatisation ou les eaux grises) et les pompes à chaleur dédiées à l’ECS sont des pistes sérieuses. Leur pertinence dépend de la simultanéité des besoins de chaud et de froid et de la place disponible en local technique.

Les PAC et le coup de pouce CEE

Le remplacement d’une chaudière fossile par une pompe à chaleur est souvent le levier le plus structurant pour un hôtel chauffé au gaz ou au fioul.

Le coup de pouce chauffage tertiaire

Dans le cadre de la 6e période des certificats d’économies d’énergie (2026-2030, décret n° 2025-1048), le coup de pouce « chauffage des bâtiments tertiaires » bonifie plusieurs opérations, à condition que les travaux soient achevés avant le 31/12/2027 :

  • PAC air/eau (fiche BAT-TH-163) : bonification ×3 ;
  • PAC eau/eau (BAT-TH-164) : bonification ×4 ;
  • géothermie (BAT-TH-162) : bonification ×5 ;
  • raccordement à un réseau de chaleur (BAT-TH-127).

Les conditions d’éligibilité de chaque fiche doivent être vérifiées dans les textes en vigueur au moment de l’engagement. Surtout, le rôle actif et incitatif de l’obligé doit être formalisé avant la signature du devis. C’est la première cause de refus des dossiers.

Les points de vigilance techniques

Une PAC n’est performante que si le réseau de distribution le permet. Les émetteurs dimensionnés pour une chaudière haute température peuvent limiter le rendement. L’étude doit vérifier les régimes d’eau, l’acoustique (unités extérieures proches des chambres) et la puissance électrique disponible.

La trajectoire décret tertiaire pour un hôtel

Un hôtel de 1 000 m² ou plus de surface tertiaire est assujetti au décret tertiaire (article L174-1 du CCH, décret n° 2019-771). Le propriétaire et l’exploitant sont tous deux redevables.

Choisir son objectif

Deux modes coexistent :

  • l’objectif relatif : −40 % en 2030, −50 % en 2040, −60 % en 2050 par rapport à une année de référence comprise entre 2010 et 2022 ;
  • l’objectif en valeur absolue (Cabs), fixé par catégorie d’activité, l’hôtellerie disposant de ses propres valeurs.

Un hôtel déjà rénové avant 2019 peut trouver l’objectif relatif très exigeant, alors que la valeur absolue lui est plus favorable. L’inverse est vrai pour un établissement très consommateur. Le choix se fait bâtiment par bâtiment, après simulation. Notre page objectif relatif ou valeur absolue détaille la logique.

Tenir compte de l’activité

Le taux d’occupation fait varier fortement la consommation d’une année sur l’autre. Le décret prévoit une modulation liée au volume d’activité. Un dossier de modulation doit être déposé avant le 30/09/2027, sous réserve de l’ouverture effective du module correspondant sur OPERAT.

Déclarer chaque année

La déclaration sur OPERAT intervient avant le 30 septembre de chaque année pour les consommations de l’année précédente. La prochaine échéance est le 30/09/2027. Les spécificités du secteur sont présentées sur notre page décret tertiaire et hôtellerie.

Par où commencer

Pour un hôtel, l’ordre logique est le suivant :

  1. Mesurer : établir la répartition réelle des consommations.
  2. Piloter : régulation chambre par chambre, horaires de ventilation, éclairage des circulations.
  3. Optimiser l’ECS : boucle, calorifugeage, récupération de chaleur.
  4. Remplacer : PAC ou réseau de chaleur, en mobilisant les CEE dans les délais.
  5. Inscrire le tout dans une feuille de route alignée sur l’échéance 2030.

Cette séquence évite d’investir dans un générateur neuf surdimensionné pour compenser un défaut de pilotage.

Questions fréquentes

Quelle est la consommation moyenne d’énergie d’un hôtel ?

Il n’existe pas de moyenne pertinente pour comparer deux établissements : la catégorie, la zone climatique, la présence d’un restaurant, d’un spa ou d’une piscine et le taux d’occupation changent tout. Le bon repère est la valeur absolue fixée pour la catégorie hôtellerie dans les arrêtés du décret tertiaire, et surtout votre propre historique de consommation ramené à la surface et à l’activité.

Un hôtel est-il soumis au décret tertiaire ?

Oui, dès lors que la surface affectée à l’activité tertiaire atteint 1 000 m², sur un bâtiment, une partie de bâtiment ou un ensemble de bâtiments d’un même site. Le propriétaire et l’exploitant sont redevables. L’établissement doit déclarer ses consommations chaque année sur OPERAT avant le 30 septembre et viser −40 % en 2030 ou la valeur absolue de sa catégorie.

La régulation chambre par chambre est-elle obligatoire ?

Sur les bâtiments existants, l’obligation de régulation automatique pièce par pièce a été reportée au 01/01/2030 par le décret du 26/12/2025, avec une exemption possible si le temps de retour dépasse 6 ans. Indépendamment de l’obligation, c’est l’un des leviers les plus efficaces en hôtellerie, car les chambres sont inoccupées une grande partie du temps.

Estimez l’écart entre la consommation de votre hôtel et l’objectif 2030, puis échangez avec un ingénieur Smart Tech pour construire votre feuille de route.Calculer ma trajectoire 2030

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