Entrepôts logistiques : les gains rapides que tout le monde oublie
Un entrepôt semble peu énergivore : peu de bureaux, peu de confort, de grands volumes. C'est précisément pour cette raison que les économies d'énergie d'un entrepôt logistique sont souvent négligées. Pourtant, ces bâtiments réunissent les conditions de gains rapides : hauteur sous plafond, éclairage étendu, ouvertures fréquentes, grandes toitures.

- Décret tertiaire : un entrepôt logistique de 1 000 m² ou plus est en principe assujetti
- Déstratification : fiche CEE BAT-TH-142, levier simple dans les volumes chauffés de grande hauteur
- Éclairage : LED et détection, fiche BAT-EQ-127 (non cumulable avec BAT-TH-116)
- Portes et quais : pertes thermiques souvent invisibles dans les bilans
- Toiture : loi APER, 40 % de la surface depuis le 01/07/2026 pour les projets concernés, 50 % au 01/07/2027
Pourquoi un entrepôt est concerné
La logistique est une activité tertiaire au sens du décret n° 2019-771. Un entrepôt dont la surface affectée à cette activité atteint 1 000 m², seul ou avec d’autres bâtiments du même site, entre donc dans le champ du décret tertiaire. Le propriétaire et le preneur sont tous deux redevables.
L’arrêté « valeurs absolues VI » du 01/08/2025 a complété les catégories : toutes disposent désormais d’un objectif 2030. Un entrepôt peut donc choisir entre l’objectif relatif (−40 % en 2030 par rapport à une année de référence 2010-2022) et la valeur absolue de sa catégorie. La catégorie exacte dépend des usages (entrepôt chauffé ou non, froid, messagerie) et doit être vérifiée dans les arrêtés. Notre page décret tertiaire et logistique détaille ces cas.
Deux autres textes peuvent s’appliquer :
- le décret BACS si la puissance de chauffage ou de climatisation dépasse 70 kW (échéance au 01/01/2030 pour la tranche 70-290 kW, depuis le 01/01/2025 au-delà) ;
- la loi APER pour les toitures et les parkings, abordée plus bas.
Les entrepôts sont souvent exploités sous bail par un logisticien, pour le compte d’un chargeur, dans un actif détenu par une foncière. Ces trois acteurs ont intérêt à partager les données et le plan d’actions.
La déstratification (BAT-TH-142)
Le phénomène
L’air chaud monte. Dans un bâtiment de grande hauteur chauffé, la température sous toiture peut être nettement supérieure à celle mesurée au niveau des opérateurs. Le chauffage compense en continu une chaleur qui s’accumule là où personne ne travaille, et qui se perd par la toiture.
La solution
Les déstratificateurs sont des ventilateurs placés en partie haute. Ils renvoient l’air chaud vers le sol et homogénéisent la température. L’opération est rapide à mettre en œuvre, sans arrêt d’exploitation prolongé.
La fiche CEE BAT-TH-142 « système de déstratification d’air » encadre la valorisation. Ses conditions (hauteur sous plafond, mode de chauffage, caractéristiques des équipements) doivent être vérifiées dans la version de la fiche en vigueur à la date d’engagement.
> Exemple illustratif : un entrepôt de messagerie chauffé par aérothermes gaz relève une différence de température marquée entre le sol et la toiture. La déstratification permet d’abaisser la consigne de chauffage au poste de travail tout en maintenant le confort ressenti.
La condition de réussite
La déstratification n’a d’intérêt que si le volume est chauffé et stratifié. Un relevé de températures à plusieurs hauteurs avant tout projet évite d’équiper un bâtiment qui n’en a pas besoin.
L’éclairage LED et la détection
Un poste sous-estimé
Un entrepôt peut rester éclairé sur de longues plages horaires, parfois en continu en cas d’activité de nuit. Les allées de stockage peu fréquentées sont souvent éclairées au même niveau que les zones de préparation.
Les leviers
- Remplacement par des luminaires LED : la fiche BAT-EQ-127 « luminaire à modules LED » permet de valoriser l’opération en CEE.
- Détection de présence par allée : l’éclairage ne s’allume que lorsqu’un chariot ou un opérateur entre dans l’allée.
- Gradation selon la lumière naturelle : les entrepôts équipés de lanterneaux bénéficient d’un apport naturel important.
- Zonage et horaires : distinguer stockage, préparation, quais et bureaux.
Attention aux cumuls : la fiche BAT-EQ-127 n’est pas cumulable avec la fiche GTB BAT-TH-116 sur un même périmètre. Le choix de la fiche se fait en amont, à l’échelle du projet global. Pour aller plus loin, consultez notre page sur le levier éclairage du décret tertiaire.
Les portes et quais
Des ouvertures permanentes
Les portes sectionnelles et les quais de chargement s’ouvrent des dizaines de fois par jour. Dans un entrepôt chauffé, chaque ouverture fait entrer de l’air froid. Les pertes ne figurent dans aucun bilan, car elles ne correspondent à aucun équipement identifiable.
Les mesures simples
- Sas d’étanchéité de quai (joints et coussins gonflables) qui épousent la remorque pendant le chargement ;
- Portes rapides sur les passages fréquents entre zones de températures différentes ;
- Contrôle de l’état des joints et des seuils, souvent endommagés par les chariots ;
- Asservissement du chauffage des zones de quai à l’ouverture des portes, pour éviter de chauffer l’extérieur ;
- Rideaux d’air à évaluer au cas par cas, leur consommation propre pouvant annuler le gain.
Ces mesures ont aussi un effet sur le confort et la sécurité des opérateurs.
Toiture, photovoltaïque et loi APER
L’obligation sur les toitures
L’article L171-4 du CCH impose, pour la construction, l’extension ou la rénovation lourde d’un bâtiment de plus de 500 m² d’emprise au sol, d’intégrer un procédé de production d’énergie renouvelable ou une toiture végétalisée sur une part de la toiture :
- 40 % de la surface depuis le 01/07/2026 ;
- 50 % à compter du 01/07/2027.
Des exemptions existent, notamment lorsque le surcoût dépasse 15 % ou en cas de contraintes techniques. Un projet de loi évoquant des seuils plus bas (130 et 270 m²) n’est pas adopté définitivement à ce jour. Le détail figure sur notre page loi APER : parkings et toitures.
L’intérêt de l’autoconsommation
Un entrepôt présente une grande surface de toiture et une consommation de jour (éclairage, froid, recharge des chariots). Une centrale photovoltaïque en autoconsommation peut réduire la facture. Avant tout projet, trois vérifications s’imposent :
- la capacité portante de la charpente ;
- l’état de l’étanchéité, qu’il vaut mieux refaire avant la pose que pendant l’exploitation de la centrale ;
- les exigences assurantielles et incendie applicables au bâtiment, notamment pour un entrepôt soumis à la réglementation ICPE.
Le traitement exact de l’électricité autoconsommée dans le calcul OPERAT doit être vérifié dans l’arrêté « méthode » du décret tertiaire avant d’en faire un levier de conformité.
Les parkings
Si le site comporte un parking extérieur de plus de 1 500 m², l’obligation d’ombrières de la loi APER s’applique également, avec un calendrier distinct.
Les CEE mobilisables
Pour un entrepôt, plusieurs fiches CEE peuvent être pertinentes selon les travaux :
- BAT-TH-142 : déstratification ;
- BAT-EQ-127 : luminaires LED ;
- BAT-TH-146 / 155 : calorifugeage de réseaux ;
- BAT-TH-112 : variateurs de vitesse ;
- BAT-TH-116 : GTB de classe A ou B, sur un bâtiment de plus de 2 ans disposant d’un chauffage ;
- fiches du coup de pouce chauffage tertiaire si le générateur est remplacé (travaux achevés avant le 31/12/2027).
Pour les sites mixtes (process et stockage), certaines fiches industrielles (IND-UT, IND-BA) peuvent s’appliquer au périmètre industriel. La règle commune : le rôle actif et incitatif de l’obligé doit être formalisé avant la signature du devis. Notre page fiches CEE tertiaire et industrie présente les fiches courantes.
Questions fréquentes
Un entrepôt logistique est-il concerné par le décret tertiaire ?
Oui, en principe, dès lors que la surface affectée à l’activité logistique atteint 1 000 m² sur un bâtiment ou un ensemble de bâtiments d’un même site. La catégorie applicable dépend des usages (chauffé, froid, messagerie). Le propriétaire et le preneur sont redevables et doivent déclarer chaque année sur OPERAT avant le 30 septembre.
La déstratification est-elle vraiment rentable dans un entrepôt ?
Elle l’est lorsque le volume est chauffé et que la température sous toiture est nettement plus élevée qu’au sol. Un relevé à plusieurs hauteurs permet de le vérifier avant d’investir. L’opération peut être valorisée par la fiche CEE BAT-TH-142, sous réserve d’en respecter les conditions et de formaliser le rôle de l’obligé avant le devis.
Faut-il installer des panneaux solaires sur la toiture d’un entrepôt ?
La loi APER l’impose pour la construction, l’extension ou la rénovation lourde d’un bâtiment de plus de 500 m² d’emprise : 40 % de la toiture depuis le 01/07/2026, 50 % à partir du 01/07/2027, sauf exemption. Sur un bâtiment existant non concerné, l’intérêt dépend de la charpente, de l’étanchéité et du profil de consommation.