Décret tertiaire
Le lien entre décret tertiaire et photovoltaïque suscite beaucoup d’affirmations approximatives. Une installation solaire peut-elle réduire la consommation déclarée sur OPERAT ? Oui, dans certaines conditions précises. Peut-elle remplacer les actions d’efficacité énergétique ? Non. Cette page fait le point sur ce que disent les sources officielles, et sur la manière d’intégrer le photovoltaïque dans une stratégie de conformité.
Mis à jour le 02/11/2026 · Lecture 5 min
Le dispositif éco énergie tertiaire prend en compte les consommations d’énergie facturées (ou affectées par répartition, dans le cas des copropriétés). L’arrêté du 10 avril 2020 modifié, dit arrêté « méthode », ne comporte pas de disposition détaillée sur l’autoconsommation dans le calcul des consommations : il mentionne seulement l’électricité « hors autoconsommation » dans le tableau des facteurs d’émission de gaz à effet de serre.
La règle opérationnelle figure dans la FAQ de la plateforme OPERAT (question E3), reprise notamment par la DREAL Normandie dans ses questions-réponses du 14/06/2022 :
> « Seules les énergies renouvelables produites sur site et autoconsommées ne sont pas comptabilisées dans les consommations d’énergie (puisqu’elles ne sont pas facturées). […] Les consommations d’énergies renouvelables produites sur site et autoconsommées participent donc à la réduction des consommations d’énergie et à l’atteinte des objectifs. La production d’énergie renouvelable sur site ne doit pas être considérée comme un droit à la surconsommation d’énergie. »
La même position figure dans une présentation de la DREAL Nouvelle-Aquitaine de septembre 2023 : les énergies renouvelables produites sur site et autoconsommées « ne sont pas comptabilisées dans les consommations d’énergie ».
Ces éléments reflètent la doctrine publiée à date. Les modalités de déclaration peuvent évoluer : elles sont à vérifier sur OPERAT au moment de chaque déclaration, et au cas par cas pour les montages complexes (tiers investisseur, autoconsommation collective étendue, stockage).
La mention « pas un droit à la surconsommation » est importante. Elle signifie que le photovoltaïque doit s’inscrire dans une démarche de réduction des consommations, et non servir à compenser l’absence d’actions d’efficacité. Plusieurs raisons plaident pour cette approche :
En revanche, combiné à une électrification des usages (pompe à chaleur en remplacement d’une chaudière), le photovoltaïque gagne en intérêt : la consommation électrique augmente et la part autoconsommée peut progresser.
C’est l’indicateur clé. Il mesure la part de la production réellement consommée sur place. Un bâtiment occupé en journée, avec des besoins de froid ou de process, atteint un taux plus élevé qu’un bâtiment fermé le week-end. L’étude repose sur la courbe de charge du site (données Enedis au pas de 30 minutes ou 10 minutes) croisée avec une simulation de production.
Dimensionner pour maximiser l’autoconsommation n’est pas toujours compatible avec le dimensionnement qui maximise la rentabilité globale (vente du surplus). L’arbitrage dépend des objectifs : réduire la consommation déclarée, réduire la facture, ou répondre à une obligation de solarisation.
Capacité portante de la toiture, état de l’étanchéité, orientation, ombrages, raccordement, sécurité incendie : ces points sont à valider avant tout engagement. Le centre de ressources photovoltaique.info détaille ces aspects.
Coûts d’investissement, dispositifs de soutien (obligation d’achat du surplus, appels d’offres, primes selon la puissance) et prix de l’électricité évoluent régulièrement.
La loi n° 2023-175 du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables (loi APER) crée des obligations de solarisation qui recoupent souvent le périmètre du décret tertiaire.
Les parkings extérieurs de plus de 1 500 m² doivent être équipés, sur au moins la moitié de leur surface, d’ombrières intégrant un procédé de production d’énergie renouvelable. Les échéances initiales sont le 01/07/2026 pour les parkings de 10 000 m² et plus, et le 01/07/2028 pour ceux de 1 500 à 10 000 m². La loi n° 2025-1129 du 26/11/2025 a ouvert des reports sous conditions de contractualisation et de commande. Détails sur notre page loi APER : exemptions et reports.
L’article L171-4 du Code de la construction et de l’habitation impose, lors de la construction, de l’extension ou de la rénovation lourde de certains bâtiments de plus de 500 m² d’emprise au sol, l’installation d’un procédé de production d’énergie renouvelable ou d’une toiture végétalisée sur une part de la toiture : 40 % depuis le 01/07/2026, puis 50 % à partir du 01/07/2027, sous réserve des exemptions prévues.
Un projet d’ombrières imposé par la loi APER peut aussi servir l’objectif du décret tertiaire, si le schéma de raccordement permet l’autoconsommation par le bâtiment. Concevoir les deux en même temps évite un projet dimensionné uniquement pour la conformité APER, en vente totale, qui n’aurait aucun effet sur la consommation déclarée. Voir notre page loi APER : parkings et toitures.
Oui, indirectement. Selon la FAQ OPERAT, l’électricité renouvelable produite sur site et autoconsommée n’est pas comptabilisée dans les consommations, car elle n’est pas facturée. Elle réduit donc la consommation déclarée. L’électricité injectée sur le réseau ou vendue en totalité n’a pas cet effet.
Non, selon la FAQ OPERAT reprise par les services de l’État. L’énergie distribuée dans une opération d’autoconsommation collective est facturée aux participants, elle est donc déclarée et n’est pas déduite des consommations des bâtiments concernés. Les montages particuliers sont à vérifier au cas par cas.
C’est rarement possible et ce n’est pas l’esprit du dispositif. L’administration précise que la production renouvelable ne doit pas être un droit à la surconsommation. Le photovoltaïque agit seulement sur l’électricité, dans la limite de la part autoconsommée. Il complète les actions d’efficacité énergétique sans les remplacer.
Seulement pour la part de leur production autoconsommée par le bâtiment assujetti. Une ombrière en vente totale répond à l’obligation APER mais ne réduit pas la consommation déclarée sur OPERAT. D’où l’intérêt d’étudier le schéma de raccordement dès la conception du projet.